Chez Marc Jacobs, l’excès a longtemps été un langage. Volumes démesurés, silhouettes imposantes, visuels maximalistes. Pourtant, avec la 72 Spring Sneaker, le créateur new-yorkais choisit la retenue. Une sneaker à profil bas, presque effacée, mais dont chaque ligne est calculée. Un manifeste de discrétion pour celles et ceux qui lisent entre les coutures.
Silhouette, structure, précision
À première vue, la 72 Spring semble sortie d’un vestiaire Y2K : running shoes des années 2000, esthétique technique, courbes fuselées. Mais ici, rien n’est laissé au hasard. La structure repose sur une base fine, stabilisée par une semelle en mousse à double densité. Fermeture 8 mm. Talon 10 mm. Du fonctionnel, millimétré. Loin des sneakers bulk que Marc Jacobs affectionnait autrefois, la 72 Spring privilégie l’équilibre.
Palette textile, variation de tons
Derrière sa silhouette sage, la paire dissimule une riche variation de textures. Quatre exécutions, quatre narrations.
• Mesh et suède : alliance classique du sport performance, revisitée ici dans des coloris vitaminés — raspberry multi, daisy yellow multi — ou des tons plus sobres, noir et blanc.
• Suède monochrome : un traitement velouté, presque mat, pour une version épurée, silencieuse.
• Faux cuir grainé : plus rigide, plus poli, cousu avec précision pour souligner le squelette de la sneaker.
• Jean effiloché : hommage au DIY américain, brut, usé, texturé. Pour celles et ceux qui préfèrent l’irrévérence discrète.
À chaque matière, sa posture. La 72 Spring se porte comme un vêtement : on choisit sa version selon l’intention du jour.
Pensée avec Areté
Derrière la ligne, un studio : Areté, entité créative à l’origine de projets avec Raf Simons ou Stone Island. Ensemble, ils injectent dans la sneaker une rigueur silencieuse, une forme de design scientifique — jamais rigide, toujours habité. La 72 Spring n’a pas besoin de se faire remarquer. Elle se fait remarquer par sa capacité à rester à sa place.
Rétro-runner, nouvelle école
La 72 Spring rejoint un courant souterrain, initié ces derniers mois par Miu Miu, Dries Van Noten ou Loewe : celui d’un retour aux racines du sneaker. Des silhouettes fines, adaptées à la ville, mais nourries d’une mémoire sportive. À l’inverse de la hype, ici, tout est affaire de justesse.